La dernière étape : les flammes bleues du Blue Fire et l'arrivée à Bali en ferry.
22h30, je me réveille encore.
Il est 10h30. Je me lève avec mon réveil. Je prends une douche comme d'habitude.
Samu semblait encore dormir. Quand j'ai fini de faire mes bagages, il s'était réveillé et se préparait. Il avait l'air très endormi.

Au final on a failli arriver pile à l'heure du rendez-vous, mais nous avons été les deuxièmes à monter dans la camionnette.

Nous avons roulé jusqu'au pied du mont Ijen. En me réveillant à 10h30, je me disais que c'était encore la nuit et que c'était l'heure de dormir.
J'avais oublié de prendre un anti-nauséeux, alors je l'ai avalé en vitesse. J'étais un peu écoeuré. Je voulais dormir mais je n'arrivais pas à m'endormir, je n'ai pas pu dormir dans la camionnette.
Je pensais qu'il y aurait moins de monde pour Ijen que pour Bromo, mais ce n'était pas du tout le cas. En arrivant au pied et en allant au camp de base, il y avait énormément de gens.
Des bananes frites étaient disposées sur la table, je les ai mangées. J'avais tellement faim que j'étais prêt à tout dévorer.
Mais j'ai retenu ma faim en pensant aux autres. Je me suis dit que l'autre table avait moins de monde, que ce serait bien, ou que là-bas il y avait des bananes en trop.
Masques à oxygène et Tchernobyl

Sur la table il y avait ce qui ressemblait à des masques à oxygène. Ijen est un volcan sulfurique, il y a du dioxyde de soufre et il paraît que c'est nocif à inhaler, donc les masques sont nécessaires.
Je trouvais que le style faisait presque film de Tchernobyl en mettant le masque. Le guide local m'a montré comment le mettre, c'était plutôt amusant. J'ai laissé le masque pendu autour du cou.

Le guide local a expliqué qu'on allait marcher jusqu'au sommet d'Ijen puis redescendre. En gros, une vraie randonnée. 1h30 pour monter et 1h pour descendre. Il est 2h du matin. Je pensais que ça allait être super dur, mais j'avais quand même hâte.
En avant, équipe « adidas »
En route avec Samu et Lean ! Nous étions un groupe de 30 personnes. Le nom d'équipe était apparemment adidas, donc on s'appelait « Adidas ». C'était pour éviter de se perdre. Il faisait complètement noir. J'ai loué une lampe et l'ai fixée sur ma tête.


On a commencé à marcher avec le personnel local. J'étais toujours en tête. J'avais presque l'impression de dépasser le guide local.
On voyait clairement qu'ils étaient bons en randonnées. Tout le monde haletait, mais moi je n'étais pas du tout fatigué, j'appréciais même. Malgré le manque de sommeil, j'avais beaucoup d'énergie.


En discutant avec le guide, il a dit qu'il gravissait Ijen presque tous les jours, que c'était son travail.
Avoir la montagne comme travail doit être agréable, mais le faire tous les jours, ça semblait pénible. Quand il m'a demandé combien de fois j'avais fait de la rando et que j'ai répondu « c'est la première fois », il a été surpris. Ma résistance physique devait être hors norme.
Comme un banc de sardines

Le ciel étoilé était magnifique. J'étais allé trop vite et j'ai dû attendre. En regardant en arrière, on voyait une masse humaine avec des lampes, qui avançait vers nous comme un banc de sardines.
Enfin arrivés au sommet ! Tout le monde était très fatigué. Certains avaient l'air complètement épuisés, d'autres paraissaient joviaux et détachés.

En regardant le pied d'Ijen, on voyait beaucoup de monde. Fallait-il marcher jusque là ? On a commencé à avancer. Il était 3h30. Il fallait voir le Blue Fire avant le lever du soleil.
Une foule descendait, pas seulement des jeunes mais aussi beaucoup de personnes d'âge moyen plus lentes, on sentait qu'il allait y avoir des bouchons.
Déconcerté par la vitesse du guide local
En descendant, j'ai été dépassé par la rapidité du guide. Il était habitué à faire ça tous les jours, mais il allait trop vite, slalomant entre les rochers et dépassant les gens devant lui.
J'arrivais à peine à le suivre, et quand je me suis retourné il n'y avait plus personne derrière moi.
Je lui ai dit « Attends ! Il n'y a personne derrière », mais il avait l'air un peu agacé. Il m'a répondu que tout le monde finirait par emprunter cet itinéraire, que ça irait. On a vite descendu jusqu'au pied.
La force du soufre était impressionnante. À chaque changement de vent, il jaillissait dans toutes les directions. On sentait l'odeur du dioxyde de soufre, alors on marchait avec des masques.

Blue Fire, la flamme bleue de la vie
Le Blue Fire se dressait devant nous. Dans les profondeurs, il y a un volcan actif qui crache en permanence, apparemment. C'était d'une puissance incroyable.
C'était la première fois que je voyais une flamme bleue de si près. C'était bondé tout autour. Cette flamme, presque comme une flamme de vie, qui ne s'éteint jamais.

J'ai ressenti sa beauté. Le guide a proposé « Je vous prends en photo ! », alors Samu et moi avons posé ensemble, puis il m'a aussi pris en solo.
J'espérais que les photos seraient réussies.
Autour du Blue Fire, c'était plein de gens qui voulaient prendre des photos, donc on ne pouvait pas rester longtemps. Après ta photo, c'était au tour du suivant. Moi, j'ai choisi d'observer les environs. Je ne savais pas où était Samu, alors je me suis baladé seul.
Les mineurs qui extraient le soufre
En marchant, on entend « Dépêchez-vous ! » et un type, avec un outil en fer, extrayait des dépôts de soufre issus des geysers, juste devant moi ! Il creusait des morceaux d'un jaune magma et les emportait à la main.
Ils travaillaient dans la mine et font apparemment environ cinq allers-retours par jour. Descendre puis remonter sans cesse. Ils gagnent leur vie en fonction d'un tarif au kilo de soufre.
Travailler dans un endroit si dangereux, si tôt le matin, c'était incroyablement impressionnant. En même temps, je me suis senti reconnaissant et chanceux de pouvoir voyager en faisant de la programmation, comme moi. Je suis vraiment content d'être né au Japon.
Le lac bleu clair au dioxyde de soufre
Nous sommes allés voir le lac voisin. Comme il était mélangé au dioxyde de soufre, sa couleur était bleu clair. J'ai retrouvé Lean et on a pris des photos ensemble, puis il m'en a aussi pris seul. Samu était là aussi. C'était la première fois de ma vie que je voyais un lac de cette couleur. C'était très étrange.


En chemin, le vent a tourné et une énorme quantité de dioxyde de soufre est venue vers nous. Comme le guide l'avait expliqué, j'ai bouché l'orifice du masque pour respirer, puis expiré. L'odeur était âpre, et je me suis dit que rester longtemps là-dedans devait vraiment nuire à la santé.
Descente et sentiment d'accomplissement

Il commençait à faire jour. Un cri de « Adidas ! » retentit : c'était l'heure de remonter. La plupart des gens étaient déjà remontés, il n'y avait que nous. Nous sommes montés lentement.


Le soleil est sorti et le mont Ijen est devenu bien visible. Le chemin que nous avions descendu était net, et le paysage était limpide.


Autour, il y avait beaucoup de gens qui portaient du soufre, et nous sommes remontés mêlés à eux. Le paysage étant si beau, Rok, qui était à côté, m'a pris en photo.


En enlevant mon masque, il y avait des marques sur mon visage, il avait l'air porté plus serré que d'habitude. On a pris une photo avec le guide aussi, c'était sympa.

Arrivés au sommet, j'ai ressenti un grand sentiment d'accomplissement. Le paysage était splendide, très vert. On apercevait d'autres montagnes au loin, et l'air était délicieux. La montagne est un concentré de nature, l'endroit idéal pour chercher du réconfort.

Sur le chemin de la descente, il y avait des sortes de pousse-pousse. Principalement utilisés par des touristes chinois, des équipes de deux poussaient ces chariots. En regardant les visages des pousseurs, ils étaient exténués.
On leur faisait faire des dizaines d'allers-retours chaque jour. Pour moi, le plaisir vient de gravir par ses propres moyens, et ce sentiment d'accomplissement ne s'éprouve qu'avec ses propres jambes. Venir jusqu'ici et ne pas grimper la montagne par soi-même, je trouve ça dommage.
L'histoire de Samu
En descendant, j'ai beaucoup parlé avec Samu. Il m'a raconté qu'après avoir commencé son working holiday, il avait travaillé dans des cafés, des bars, comme agent d'entretien, dans des restaurants, bref plein de jobs. Il m'a raconté comment il était devenu freelance dans le marketing.
Je me suis reconnu dans ses difficultés. Moi aussi j'ai beaucoup galéré et j'ai connu des moments de grande détresse mentale. Je sentais qu'on se ressemblait.
Il m'a dit qu'il pratiquait le yoga et la méditation et que c'était devenu essentiel pour lui. Il a partagé ça. Il m'a aussi dit qu'il avait rencontré récemment une copine aux Philippines et qu'ils s'étaient mis ensemble.
La vie est imprévisible. Mais la façon dont on la construit dépend de nous. Combien on agit, jusqu'où on se met en avant.
J'ai beaucoup appris de Samu et j'ai senti que j'avais rencontré un bon ami. Il est très sincère et travailleur. Je suis sûr qu'il fera de grandes choses. Moi aussi je veux m'efforcer de ne pas être en reste.
Un déjeuner frugal en boîte et des discussions business incessantes
De retour au camp de base, on a rendu la lampe et reçu nos lunch boxes. Un petit pain, du fromage, du beurre, une banane. C'était si frugal qu'on ne pouvait pas vraiment appeler ça une lunch box. Mais c'était typiquement indonésien et c'était bien.
Même en mangeant, la conversation ne cessait d'être sur le marketing et les affaires. C'est vraiment plaisant de pouvoir parler business sur un pied d'égalité. Ce qu'on avait en commun, c'est qu'on aimait lire, qu'on était des lecteurs.
En ferry vers Bali
On est montés dans la camionnette en direction de Bali. Le voyage touchait à sa fin. Après 1 à 2 heures de route, on est arrivés près du ferry pour Bali !
J'avais acheté plein de snacks mais je n'en ai finalement pas mangé, alors en descendant j'ai demandé à Herry « Tu veux en prendre ? » et il a été ravi, je lui ai tout donné. Herry est très jovial, amical et accessible.

Pourtant, on sentait qu'il avait des convictions et des émotions profondes. On a pris des photos ensemble et échangé nos Instagram.

On a reçu nos billets avant d'embarquer et on est montés à bord du ferry. On a fait au revoir à Herry. Merci vraiment pour ces trois jours. C'était un super chauffeur.
Le ferry a mis les voiles vers Bali sans encombre. Même si l'écart entre Java et Bali est minuscule, la traversée a quand même pris environ une heure. De plus, le décalage horaire d'une heure nous a surpris.

Que ce petit détroit ait un décalage horaire, la Terre est vraiment étrange. Il faisait vraiment chaud et pénible à bord du ferry.

Nous étions sur le pont extérieur, le soleil nous frappait et nous rôtissait.
Encore des souvenirs dans le carnet d'aventures
Pour finir, j'ai demandé à Samu et Lean d'écrire un message dans le carnet d'aventures. Encore des souvenirs. Chaque fois que quelqu'un laisse une trace dans mon carnet, cela me procure une émotion étrange. Quand c'est quelqu'un qui compte vraiment, cette page devient très spéciale.
Quand je lui ai demandé d'écrire, Samu a dit « Attends un peu » et a d'abord noté sur son iPhone ce qu'il voulait écrire. J'ai rencontré beaucoup de gens : certains improvisent et écrivent sur le moment, d'autres réfléchissent puis notent avant d'écrire. C'est peut-être la différence P/J du MBTI. Ceux qui structurent d'abord et ceux qui écrivent au fil de l'instant. Les gens sont si divers, c'est fascinant.
Samu a écrit un joli message. Je ne me souviens pas trop du contenu, mais c'était de nature philosophique. Ce serait drôle s'il était INFJ. Il y a vraiment quelque chose d'attirant entre personnes semblables.
Dans mon cercle d'amis proches, environ 70 % sont INFJ. Ils sont tellement attentionnés, aux petits soins pour les émotions, c'est beau. Mais parfois ils écrivent des textes trop longs et ça fatigue. On se demande s'il faut répondre à tout ça. C'est complexe.
Lean a écrit son message en espagnol. J'ai décidé de le lire en espagnol. Je ne comprenais pas vraiment le sens, mais j'ai pu le lire. On m'a dit « Ta prononciation est très belle, j'ai presque tout compris ». Un compliment qui m'a fait plaisir.
J'ai aussi écrit un petit mot sur une carte et l'ai donné à Samu et Lean. À bord du ferry vers Bali, caressés par la brise et frappés par le soleil brûlant, je sentais la fin de l'aventure approcher.
Adieux, et chacun reprend sa route
Arrivés à Bali, on est descendus du bateau et chacun a pris sa route. Le tour permettait de choisir différentes destinations dans Bali : Uluwatu, Canggu, Denpasar, Ubud, etc. Il y avait des vans pour chaque lieu. Ubud avait le plus de monde, mon cher Canggu était plutôt vide.
J'ai fait mes adieux à Lean et Samu ; à Samu j'ai dit « On se retrouve au Vietnam dans un mois ! » et à Lean « À bientôt en Argentine ! ». Trois jours d'aventure qui, pourtant, avaient ressemblé à un vrai partenariat de voyage.
Un mois plus tard, l'intensité de ce moment s'est atténuée avec le temps. C'est pourquoi quand on est avec quelqu'un, il faut chérir chaque instant et profiter au maximum, ressentir et s'amuser mutuellement.
J'ai pris mon courage à deux mains pour parler
On est partis dans le van pour Canggu. La fille qui m'avait attiré un instant pendant l'ascension d'Ijen était dans le même véhicule. J'étais un peu nerveux. Il y avait aussi un couple algérien et deux personnes en provenance des Philippines.
J'ai entendu un son familier depuis le siège devant : quelqu'un filmait avec un Osmo Pocket 3. Il avait la même caméra que moi.
Il y a cinq mois, à la plage d'Ao Nang en Thaïlande, il y avait une fille qui m'intéressait mais je n'ai pas réussi à l'aborder, je me suis contenté de la regarder.
Je le regrette encore. C'était une occasion et je ne voulais pas regretter. Alors j'ai pris mon courage à deux mains pour l'aborder en disant un truc du genre : « J'ai la même caméra ! »
Après ça, probablement à cause du stress, la conversation n'a pas continué. Normalement on aurait demandé « C'est pour YouTube ? » ou « Tu viens d'où ? », mais j'ai lancé un sujet bizarre.
Elle m'a expliqué que le dioxyde de soufre d'Ijen est nocif pour les caméras, et la conversation s'est arrêtée là.
Quand on cherche à être aimé ou qu'on se préoccupe du regard des autres, on ne sait plus bien parler. Mais je ne me suis pas menti. Cette fois j'ai vraiment abordé la personne. C'était un grand pas pour moi.
La peur du rejet nous empêche souvent d'aborder. Pourtant cette fois, ce n'était pas un rejet, mais ça n'a pas marché non plus.
Le fait que ça n'ait pas marché ne veut pas dire que je n'étais pas attirant, mais juste que j'étais nerveux. Et il y a aussi les circonstances et la disponibilité de l'autre, qu'on ne peut pas contrôler. J'ai compris que se faire rejeter n'est pas synonyme de manque d'attraction.
À partir de maintenant, je veux avoir plus de courage, être honnête avec moi-même, exprimer mes émotions et aller vers les autres. L'essentiel est de ne pas regretter et de ne pas se mentir. Se dépasser soi-même — c'est le fondement de la vie.
Pause au 7-Eleven et la gentillesse des Philippins
On a fait une pause au 7-Eleven. Devant moi il y avait deux Espagnols, mais leur anglais était hésitant et l'atmosphère était gênante. Ce n'était pas une raison pour ne pas parler — ce serait clairement une fuite.
On est repartis du magasin. Deux heures avant d'arriver à Canggu. Une fille au siège arrière m'a tapoté l'épaule en demandant « Tu veux ça ? » et m'a partagé des snacks. C'était tellement amical, j'ai trouvé ça génial.
Elles étaient venues de Philippines pour environ quatre jours de vacances à Bali. La conversation était animée, mais la conduite était rude et la route sinueuse, donc j'ai failli être malade et j'ai essayé de regarder droit devant.
Arrivée à Canggu, retour après deux ans
Nous sommes finalement arrivés dans le quartier de Canggu. Le chauffeur a sorti mes affaires. Les deux Espagnols sont partis en disant « Bye bye ~ Nice to meet you ~ ». On n'a pas pu échanger nos contacts, mais je suis content d'avoir osé engager la conversation.
J'ai réalisé une chose : au travail je ne ressens aucune gêne, probablement parce que le rôle est défini.
En revanche, en privé je deviens timide. Idéalement ce serait l'inverse. Je veux pouvoir aborder quelqu'un sans aucun filet. Je sais que je peux y arriver. Je crois que je deviendrai naturellement et spontanément amical, sans y penser. Je continuerai à me challenger.
On s'est enregistré dans une auberge près de la plage de Canggu. Ils ont offert un verre de bienvenue, c'était agréable.

C'était vraiment comme une villa, avec deux piscines, une architecture soignée, un lieu fréquenté par des voyageurs occidentaux. J'ai laissé mes affaires à l'auberge et pris une douche. Après tout ce temps, c'était tellement agréable.
Il y avait un colocataire dans la chambre ; on s'est salués et on s'est brièvement présentés.
La liberté retrouvée grâce au lavage et mon resto préféré
Je suis allé à pied à une laverie. Surprise : c'était express, fini en 3 heures. J'ai laissé toute ma pile de linge, quel soulagement. Il n'y a rien de plus agréable que de voir des choses sales redevenir propres.

En attendant, je suis allé à mon resto habituel, Warung Java, j'ai commandé deux portions de riz et plein de plats balinais. Après si longtemps sans manger de telles portions, j'étais un peu inquiet mais j'ai tout terminé sans problème.
En regardant le visage du serveur, j'ai reconnu quelqu'un qui était là il y a deux ans, et ça m'a rendu nostalgique.
Bali donne l'impression de se développer à chaque visite, c'est impressionnant. C'est une région hindoue, si différente du Java musulman qu'on a l'impression d'avoir traversé une porte dimensionnelle.
Le soir, j'ai écrit mon journal au Starbucks.




